131 chats retirés d’une île japonaise, et un oiseau au bord du gouffre qui repart comme une fusée. Sur l’archipel des îles Ogasawara, au sud de Tokyo, une campagne menée entre 2010 et 2013 a changé la donne: les félins redevenus sauvages ont été capturés sur l’île de Chichijima pour réduire la prédation sur une espèce endémique, le pigeon à tête rouge. Le résultat a dépassé les attentes. En seulement trois ans, la population de pigeons adultes est passée de 111 à 966. Et les jeunes? De 9 à 189. Pas un petit mieux, pas un « on respire un peu », non, une multiplication par dix. Et derrière cette remontée, il n’y a pas que l’absence de griffes dans les sous-bois.
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Chichijima, terrain de chasse des chats féraux
On parle d’une île isolée, avec une biodiversité qui n’a pas grandi avec des prédateurs importés. Les chats féraux, sur ce genre de territoire, c’est une machine à prédation opportuniste. Ils ne « régulent » pas, ils tapent dans ce qui est facile, au sol, dans les nids, sur les juvéniles. Résultat, le pigeon à tête rouge des Ogasawara a pris cher pendant des années.
En 2008, la situation était déjà critique: on parlait de moins de 80 individus à l’état sauvage sur l’archipel. Et quand une population tombe si bas, il y a deux problèmes en même temps, la mortalité directe et la reproduction qui se grippe. Même si on protège un adulte, encore faut-il que les jeunes survivent assez longtemps pour rejoindre la population reproductrice.
Du coup, entre 2010 et 2013, les équipes ont piégé et retiré 131 chats sur Chichijima. D’après les éléments rapportés, la présence féline a été réduite à une vingtaine d’individus, et des efforts de restauration d’habitat forestier ont accompagné l’opération. Sur le papier, ça ressemble à une action simple. Sur le terrain, c’est long et coûteux.
De 111 à 966 pigeons, le compteur s’affole
Les chiffres font tourner la tête. En trois ans après le retrait des chats, les adultes passent de 111 à 966. Les juvéniles, eux, bondissent de 9 à 189. Là, on voit tout de suite le signal: ce n’est pas juste « moins de morts », c’est une dynamique complète qui se réenclenche. Les jeunes survivent, atteignent l’âge adulte, et alimentent la croissance.
Sur une île, ce genre de rebond est rare, parce que les populations isolées ont souvent une diversité génétique faible et encaissent mal les chocs. Sauf que cette récupération a été documentée dans Communications Biology et suivie par des chercheurs de l’Université de Kyoto. Autrement dit, ce n’est pas une impression de randonneur qui « voit plus d’oiseaux », c’est une trajectoire mesurée, avec des effectifs comparés.
Et tu le sens dans les détails: l’explosion des juvéniles, c’est le thermomètre. Quand on passe de 9 à 189 jeunes, ça raconte un environnement qui redevient vivable au moment le plus fragile de la vie de l’oiseau. Un biologiste de terrain me disait un jour, hors micro, que sur les îles « tu gagnes ou tu perds sur les nids ». Là, les nids ont arrêté d’être un buffet.
Le secret génétique du pigeon à tête rouge
Le twist, c’est que l’histoire ne se résume pas à « on enlève le prédateur, ça repart ». Les analyses ADN menées sur des individus sauvages et captifs montrent une configuration surprenante: plus de 80% du génome est homozygote, signe d’une consanguinité héritée de siècles d’isolement. En théorie, ça fragilise, ça accumule les mutations délétères, et ça rend la reprise plus difficile.
Sauf que chez ce pigeon, les chercheurs décrivent l’inverse: peu de mutations nuisibles par rapport à un cousin plus répandu, avec l’idée d’une purge génétique étalée sur de nombreuses générations. Dit autrement, la population aurait traversé des goulots d’étranglement, mais en « nettoyant » progressivement certaines mauvaises cartes. Résultat, quand la pression de prédation baisse, l’espèce a encore du jus pour repartir.
La nuance, quand même, c’est que retirer des chats n’est jamais un bouton magique universel. Sur d’autres îles, tu peux déclencher des effets secondaires si l’écosystème a été remodelé depuis longtemps. Et il y a aussi l’angle éthique, parce qu’on parle d’animaux domestiques redevenus sauvages. Mais ici, les données racontent une chose nette: sur Ogasawara, la combinaison « moins de prédation » et « résilience génétique » a produit un rebond que peu de programmes de conservation voient dans une carrière.
Sources
- Ils ont retiré 131 chats de cette île… et ce qui s’est produit ensuite …
- Ils ont éliminé 131 chats d’une île… et l’équilibre naturel s’ …
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